Comment ne pas être ébloui !

“Le noble ouvrage brille, mais s’il brille avec noblesse. Qu’il éclaire les esprits et les guide, par de vraies lumières À la vraie lumière dont le Christ est la vraie porte”
Quelle résurrection !
Ces vers de Suger gravés sur les grands portails de la cathédrale-basilique de Saint-Denis pourraient résonner ici après la magnifique renaissance de Notre-Dame de Paris. Incroyable destin d’une cathédrale qui a retrouvé l’éclat de sa jeunesse ! Le miracle est qu’elle a su unir dans une même geste “le cri des bâtisseurs d’hier et d’aujourd’hui”. “Nous avons voulu unifier l’espace intérieur dans sa largeur et sa profondeur pour que Notre-Dame trouve un éclat jamais vu” aime à dire Philippe Jost*.
* Philippe Jost haut fonctionnaire qui en septembre 2023, a succédé au général Georgelin mort accidentellement. Il est à la tête de l’établissement public chargé de la conservation et de la restauration de Notre-Dame.

Une foule venue des quatre coins du monde
Cinq ans déjà ! Un dramatique incendie endommageait de façon irrémédiable la toiture de la cathédrale. Il détruisit la charpente du XIIe siècle. Il emporta la flèche de Viollet-le-Duc. Il mit en péril la structure même de l’édifice. Mais aujourd’hui, quelle résurrection ! La cathédrale a rouvert ses portes. Depuis, c’est un long défilé ; une foule venue des quatre coins du monde constater admirative que Notre-Dame est redevenue leur Notre-Dame.


Cette cathédrale mythique si légère, si harmonieuse et qu’on croyait indestructible
Silhouette symbole arc-boutée à son île au cœur de la Cité, ainsi la voici, cette cathédrale mythique si légère, si harmonieuse et qu’on croyait indestructible. Elle est encore bien là, à quai, immense vaisseau qui a jeté sa flèche (reconstruite) à plus de 90 mètres de haut. Existe-t-il au monde un monument plus admiré et qui étonne (plus encore aujourd’hui), le plus blasé des visiteurs ? Sa toiture dont la charpente était inchangée depuis l’origine (elle a été reconstituée à l’identique), son chevet flanqué d’une des plus aériennes couronnes d’arcs-boutants de 15 mètres de volée, sa nef, ses tribunes, ses roses, ses douze portails, rien ne déçoit. Tout ici est redevenu chef-d’œuvre. Tout a pu être nettoyé de la saleté accumulée au fil des décennies.
Partout, la pierre blonde resplendit
Partout la pierre blonde resplendit ; des pierres ravivées où se projettent par touches, les couleurs éclatantes des vitraux (en partie restaurés) venant se marier aux décors peints des vingt-neuf chapelles. De plus, regardez, elles sont sublimées par un nouvel éclairage modulable. Dans l’axe central est disposé un nouveau mobilier liturgique minimaliste en bronze brun massif. Et incroyable apport, ces 1500 nouvelles chaises en chêne clair destinées à accueillir les fidèles et quelques uns des 14 à 15 millions de visiteurs attendus chaque année.

Tout ici est chef-d’oeuvre
Y-a-il à Notre-Dame le moindre recoin, la moindre parcelle de pierre qui n’ait été peint, décrit, enluminé, légendé, hanté par l’Histoire sous le regard inquiétant de quelques gargouilles et chimères monstrueuses, chères à Victor Hugo ? Mais une page s’est tournée en 2019. Aujourd’hui, c’est une nouvelle aire qui s’ouvre sur des décennies et peut être des siècles.
Une cathédrale pour l’humanité
Le 15 avril 2019, la toiture et la flèche de Notre-Dame de Paris étaient détruites par un gigantesque incendie. Figé en un seul bloc par la chaleur, l’échafaudage qui enserrait la flèche* alors en rénovation, fut entièrement dégagé pour laisser place à la nouvelle flèche. Et la décision de reconstruire une charpente en bois, sur le modèle de celle d’origine, était très vite officialisée. « Si ce monument est un jour achevé – notait Robert de Thorigny en 1177 – aucun autre ne pourra lui être comparé. ». Neuf siècles plus tard, décembre 2024, Notre-Dame de Paris est inaugurée sous le regard abasourdi du monde. Alors, cet incendie (le seul de son histoire) ne serait-il qu’une date tragique dans la longue existence de cette cathédrale, chef-d’oeuvre absolu inscrit au patrimoine mondial de l’humanité.
*Par chance, les statues de la flèche, comprenant les douze apôtres et quatre évangélistes monumentaux qui ornaient le toit de Notre-Dame, ont échappé de justesse à l’incendie, puisque enlevées, quelques jours plus tôt, pour être restaurées.

En deux jours, 846 millions de dons
Le 15 avril 2019, un incendie accidentel détruisait la charpente (dite « la forêt ») de la cathédrale. La flèche, oeuvre d’Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc s’effondrait sur les voûtes de la croisée du transept. Inimaginable ! Notre-Dame brûlait. Le monde est abasourdi. Ce drame déclenche un élan de générosité jamais vu. Deux jours après l’incendie, le 17 avril, les promesses de dons atteignent la somme vertigineuse de près de 846 millions d’€. 350 000 mécènes, venus de 150 pays vont contribuer à la renaissance de la cathédrale sans doute la plus admirée du monde. Bien sûr, il y eut les très gros donateurs, les familles Arnault et Bettencourt-Meyers à hauteur de 200 millions d’euros. La famille Pinault et le groupe Total Énergies (100 millions d’euros chacun). Quant aux “petits donateurs”, ils furent autour de 300 000 avec un don moyen de 236 euros. Parmi eux, des croyants et des athées, des catholiques, des protestants, des juifs et des musulmans.
Des dons venus de 65 000 américains
Les américains qui vouent une véritable dévotion à Notre-Dame furent 65.000 à verser un don à la reconstruction de Notre-Dame, pour un total de 66 millions d’euros. Mais tous les fonds n’ont pas été utilisés. Il en reste 18 % qui servent dès maintenant à rénover l’extérieur de l’édifice.
2000 hommes et femmes ont œuvré à la restauration de Notre-Dame
C’est un édifice noirci, éventré, contaminé au plomb que laissent les derniers sapeurs-pompiers. Ils sont considérés comme les véritables héros de Notre-Dame. Un travail titanesque attend alors l’immense armée des restaurateurs. Un chantier qui durera cinq ans. Plus de 2000 femmes et hommes ont œuvré à sa restauration (architectes des monuments historiques, compagnons, charpentiers, ébénistes, cordistes, tailleurs de pierre, échafaudeurs, grutiers, couvreurs, restaurateurs, archéologues….). 250 entreprises ont participé à la sécurisation et à la restauration de Notre-Dame. Plus de 2000 chênes ont été utilisés pour reconstruire la flèche et l’ensemble des charpentes. 1000 m³ de pierre ont été nécessaires pour reconstruire les voûtes et les murs détruits ou endommagés. 42 000 m² de pierres ont été nettoyés (voûtes, colonnes). 4000 m² de plomb ont été utilisés pour reconstruire la couverture. 2000 statues et décors* ont été restaurés ou reconstruits. Enfin, 100 m est la hauteur de l’échafaudage installé pour reconstruire la flèche.
*Toutes les dorures ont été repeintes, 22 tableaux ont été entièrement restaurés, les statues ont été grattées, nettoyées.
Une cathédrale métamorphosée
Après cinq années de travaux, la cathédrale réouvre ses portes au public à la date du 8 décembre 2024 dans un édifice métamorphosé. Qui ne serait pas touché par cette clarté, cette lumière qui occupe tout l’espace ? C’est l’éblouissement. Jamais on n’a pu voir chose pareille depuis le XIIIe siècle comme le jour où le roi Louis IX pénétra à l’intérieur, pieds nus pour déposer sur l’autel la couronne d’épines du Christ, don de l’empereur de Constantinople. Peut-on imaginer l’extraordinaire apparat des cérémonies qui s’y déroulaient au XIIIe siècle et qu’amplifiait encore la musique polyphonique qui venait de naître.

Le grand jour est arrivé
On peut imaginer l’émotion qu’a pu ressentir Mgr Ulrich, archevêque de Paris quand le son du bourdon Emmanuel, la plus grande cloche de la cathédrale, retentit dans le ciel de Paris. Il va alors se présenter devant le grand portail de Notre-Dame, celui du Jugement dernier. Au son d’un psaume chanté par le chœur de la maîtrise de Notre-Dame, il frappe à trois reprises avec sa crosse, taillée dans une poutre rescapée de l’incendie pour rouvrir la porte. La cérémonie de réouverture réunit autour du président de la République et de la maire de Paris, des dizaines de chefs d’Etat qui pour rejoindre leurs places devant l’autel, passent sur le côté du baptistère en bronze, l’un des éléments-clés du nouveau mobilier liturgique. Mais pas l’apparat (ou si peu), pas de Te Deum que la République pourtant si peu laïque aime tant entendre raisonner dans ses murs !

Le grand orgue sorti indemne de l’incendie
Un moment impressionnant et très émouvant lorsque que le deuxième plus grand orgue de France (après celui de Saint-Eustache, à Paris) a fait résonner ses 8.000 tuyaux aux sonorités uniques. Ceux ci venaient d’être entièrement nettoyés. C’est un prestigieux Cavaillé-Coll sorti indemne de l’incendie (l’instrument n’a quasiment pas été touché par l’eau) mais il fut contaminé à la poussière jaune de monoxyde de plomb.

Déambuler dans une cathédrale rêvée
Un nouveau parcours de déambulation dans cette cathédrale qui a retrouvé l’éclat laissé par ses premiers bâtisseurs ! Cette déambulation va du nord au sud, « des ténèbres à la lumière ». La configuration du parcours a été suggérée sur la base des éléments invariants de la cathédrale, notamment la clôture du chœur qui comporte un remarquable mur sculpté du XIVe siècle, séparant le chœur du déambulatoire. Ce mur sculpté illustre les scènes de la vie du Christ, avec au nord les représentations de son enfance et de son ministère public : il s’agit donc du mystère de l’Incarnation ; et au sud les scènes qui traitent de sa Résurrection.


Parmi les 29 chapelles éclatantes, arrêtons nous quelques instants…
Une déambulation pour découvrir quelques unes des 29 chapelles dont 14 chapelles latérales réparties autour de la nef, et 5 chapelles « rayonnantes » situées autour du chœur. La chapelle axiale est dédiée à la Passion du Christ avec la châsse-reliquaire de la Couronne d’épines. Ces 29 chapelles qui entourent la nef et le chœur regorgent de couleurs et de détails auparavant ternis par la saleté et le temps. Les restaurateurs ont révélé des peintures murales complexes, des étoiles dorées au plafond et des motifs vibrants créés à l’origine sous la direction d’Eugène Viollet-le-Duc. Ils ont aussi fait quelques découvertes inattendues, dans la chapelle Notre-Dame de Guadalupe notamment. Nichés dans les nervures des voûtes, des fleurs de lys dorées, réalisées avant la restauration de Viollet-le-Duc de 1843, ont été retrouvées par les équipes. On estime que ces décors ont pu être peints entre le XIIe et le XVe siècle.
L’allée des Promesses, au nord
Deux allées mènent au nord et au sud à la clôture du chœur. Le déambulatoire nord est consacré à des chapelles constituant « l’allée de la Promesse », promesse qui oriente l’attente d’Israël vers le “Sauveur”. Chaque chapelle a une titulature correspondant à un personnage de l’Ancien Testament associé à une thématique. Ainsi, trouvera-t-on le personnage du Roi David (ancienne chapelle Notre-Dame de Guadalupe) à qui sont attribués les Psaumes ou celui d’Abraham (ancienne chapelle Saint-Charles), père de la foi des nations. Mais aussi les chapelles de Noé, de Moïse, d’Isaïe, de Salomon, d’Elie.



L’allée de la Pentecôte, au sud
Au sud, à l’issue du mur du chœur représentant les scènes après la Résurrection, le déambulatoire est consacré à des chapelles constituant « l’allée de la Pentecôte ». Chaque chapelle a pour vocable un saint important pour le diocèse de Paris : saint Joseph, saint Thomas d’Aquin, sainte Clothilde, saint Vincent de Paul, sainte Geneviève (patronne de la ville de Paris), saint Denys et saint Paul Chen. Là encore, dans les chapelles se retrouvent les « Mays », ces toiles commandées par la corporation des orfèvres de Paris en hommage à la Vierge Marie, entre 1630 et 1707. Ils racontent des scènes bibliques et des épisodes de la vie de saints.
Le cœur de Notre-Dame : son transept et son chœur
La croisée du transept et ses voûtes ont été restaurées avec les mêmes méthodes et matériaux qu’au XIIIe siècle. Vous le constaterez, Notre-Dame de Paris est un hymne à la Vierge. Cette célèbre statue de la Vierge portant l’enfant Jésus en est la figure emblématique. Elle est appelée la « Vierge du pilier » ou sobrement « Notre Dame de Paris ». Elle fut sculptée au début du XIVe siècle. Pour beaucoup ce fut un signe : elle est en effet restée miraculeusement intact au milieu des décombres lors de l’incendie du 15 avril 2019. Elle a retrouvé sa place* au pied du pilier sud-ouest de la croisée du transept. C’est là, auprès de cette statue, que le poète Paul Claudel se convertit, au cours des vêpres de Noël 1886. Il était venu écouter l’orgue. N’osant pas se joindre aux fidèles dans la nef, il se réfugia au pied de ce pilier.
* C’est en 1855 que Viollet-le-Duc décidait de l’installer devant ce pilier.
L’aménagement du chœur
Il faut ici écouter Monseigneur Ulrich sur le choix du matériel liturgique : “Le matériau choisi, le bronze, entre dans un dialogue franc avec l’édifice de pierre, c’est le premier saisissement. Puis s’impose la lisibilité immédiate de chacune des pièces: le surgissement du baptistère dès l’entrée dans la cathédrale ouvre la porte du mystère du Christ ; et le bloc de l’autel, comme une pierre issue de la terre pour le sacrifice, s’apprête en une table fraternelle pour le repas du Seigneur. Mais aussi la pureté des lignes, leur simplicité, est extrêmement accessible voire accueillante ; une puissance de vie, une force apaisée émanent de cette simplicité même.”


L’extraordinaire rosace du transept nord
A l’intérieur de Notre-Dame, les rosaces éclatent à chaque extrémité des croisillons comme des soleil en feu. La plus belle, la plus ancienne, c’est celle qu’on a sous les yeux, celle du transept nord, inchangée depuis le XIIe siècle*. Comme les deux autres, elles ont été miraculeusement épargnées par l’incendie de 2019. Elles n’ont pas été restaurées mais nettoyées. Donnerait-elle cette impression de tourner avec ses 16 rayons autour de l’oculus central représentant la Vierge et l’Enfant. Ils sont occupés par quatre-vingts figures de l’Ancien Testament. Mais qu’est-ce que Notre-Dame de Paris sinon un hymne à la gloire de la Vierge.
*La rose du transept nord, attribuée à Jean de Chelles, commencée vers 1245 et en grande partie remaniée par Viollet-le-Duc entre 1862 et 1865

Une cathédrale éclairée par 120 verrières
La cathédrale Notre-Dame de Paris est éclairée par plus de 120 verrières datant du XIIIe au XXe siècle. Lors de l’incendie, la voûte a servi de protection en isolant plus de 3 000 m² de surfaces vitrées. Dès 2026, des vitraux contemporains devraient remplacer cinq des six baies du bas-côté sud de Notre-Dame (côté Seine), réalisées au XIXe siècle par Viollet-Le-Duc. Ces vitraux, comme les autres, n’ont pas été endommagés par l’incendie mais sont très encrassés. L’Elysée, en accord avec l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich, souhaite par ce geste « marquer la période de l’incendie et de la restauration ». L’annonce de l’installation de vitraux contemporains réalisés par Claire Tabouret, une artiste au style résolument moderne, continue de faire polémique.

Notre-Dame de Paris, le chantier du siècle

Le plus grand chantier de restauration d’Europe.
C’est, (c’était !) le « chantier du siècle », le plus grand chantier de restauration d’Europe ; une restauration saluée dans le monde entier. Pour réaliser un tel chantier dans un temps excessivement court (5 ans) et dans la perspective d’une restauration titanesque*, il fallait une volonté politique. On la doit à un président plutôt jeune. Il sut garder le cap face aux critiques et à la pandémie qui retarda le chantier. Il fallait surtout un budget colossal. Il fut acquis dès l’extinction des dernières flammes qui avaient mis à mal la plus célèbre cathédrale du monde, chef-d’oeuvre de l’art gothique de plus de 860 ans
*5 ans de rénovation rythmée aussi par d’incroyables découvertes archéologiques.
140 millions pour parfaire la restauration
Alors que le culte et les visites ont repris dans une cathédrale éblouissante, il reste 140 millions d’euros pour d’autres travaux. Déjà avant l’incendie de 2019, Notre-Dame était en mauvais état. Une nouvelle campagne de restauration va être entreprise sur des parties extérieures du monument dont le chevet de la cathédrale. Autre chantier : certains des grands arcs-boutants du chevet ont été fragilisés avec le temps. Ils nécessitent des travaux urgents. On le voit bien, si Notre-Dame a su renaître plus impressionnante encore de l’épreuve du feu, c’est un édifice fragile dont l’entretien incombe à notre génération et à celles qui suivront.
