Ici reposent 43 rois et 32 reines, du plus jeune (4 jours), au dernier en 1824.
Visiter Saint-Denis, c’est ainsi parcourir l’histoire de France et celle de la sculpture funéraire: plus de 70 tombeaux, 42 rois, 32 reines et 63 princes et princesses reposent ici. Les plus grands artistes sont, à chaque époque, mis à contribution: les artistes italiens pour le tombeau de Louis d’Orléans et de Valentine de Milan, Philibert de l’Orme pour celui de François le, et de Claude de France, Pierre Lescot et Germain Pilon pour celui d’Henri II et de Catherine de Médicis.
Henri IV qui a retrouvé sa tête
Henri IV (dont la tête a été récemment retrouvée et authentifiée), qui abjura le protestantisme dans ces lieux le 25 juillet 1593, est quant à lui privé de monument funéraire: aucun projet n’étant suffisamment grandiose, sa veuve y a renoncé! Pas de statue non plus pour le Roi Soleil, qui fut transporté à Saint-Denis de nuit, pour éviter la colère du peuple. Mais le monument le plus surprenant en raison de son impitoyable réalisme, c’est sans doute celui de Louis XII et d’Anne de Bretagne: exécuté à Tours par Jean Juste. On y voit jusqu’aux détails des incisions qui furent pratiquées avant l’embaumement.

Le plus grand ensemble au monde de monuments funéraires
Voici sans doute le plus grand ensemble au monde de monuments funéraires à 10 km seulement de Notre-Dame de Paris. Saint-Denis, nécropole des rois et reines de France est construite sur la tombe de saint Denis, évêque missionnaire mort vers 250. Elle va accueillir dès la mort du roi Dagobert en 639 et jusqu’au XIXe siècle, les sépultures des rois et des reines de France. Aujourd’hui, aucun de ces tombeaux ne contient d’ossements.
Le roi enfant
Le plus jeune, c’est un enfant roi. Il est mort 4 jours après sa naissance en 1316. Le corps de Jean 1er le Posthume est déposé dans la crypte de la basilique Saint-Denis. Son gisant magnifique et pathétique est vêtu comme un fils de France et non de l’habit royal puisqu’il n’eut pas le temps d’être sacré. En 1793, lors de la Révolution, son cercueil fut profané et son corps jeté dans une fosse commune au nord de la basilique.

Louis XVIII, dernier roi à rejoindre Saint-Denis
Louis XVIII sera le dernier roi de France mort au pouvoir à être embaumé et inhumé, le 25 octobre 1824 dans la basilique Saint-Denis. Et plus tard, quel pied de nez à histoire avec cette demande de Napoléon III à Viollet-le-Duc (architecte, restaurateur de la basilique) de lui aménager un caveau impérial. Total fiasco dû à la défaite de 1870 face à la Prusse. Avant lui, Napoléon 1er n’avait-il pas choisi la basilique pour lieu de sépulture des empereurs plaçant son règne dans la continuité historique ? Il trouva finalement refuge en 1840 sous le dôme des Invalides.
Mais où est donc le monument funéraire de Louis XIV ?
Qu’en est-il du plus grand roi de France ? Louis XIV, sous la vindicte populaire sera inhumé de nuit à Saint-Denis en 1715. Le Roi Soleil, si fastueux, n’eut pas de monument funéraire à sa gloire. Comme pour son grand-père Henri IV et son père Louis XIII, le cercueil ne fut que déposé dans le caveau des Bourbons, dans la crypte de Saint-Denis*. Mansart avait pourtant reçu commande d’un projet pour une grande rotonde des Bourbons (une chapelle circulaire devant prolonger à l’est la basilique afin de servir de mausolée à la dynastie). Rien n’y fit. Aurait-il finalement préféré reposer lui aussi sous le dôme des Invalides occupé plus tard par Napoléon 1er ? Jusqu’à la Révolution, les cercueils de plomb contenant les dépouilles de Louis XIV et de Louis XV furent simplement déposés sur des tréteaux dans une chapelle de la crypte.
*Après les profanations de la Révolution, sous la Monarchie de Juillet, Louis Philippe voulut rendre hommage à son prédécesseur Louis XIV dont les restes avaient disparu en 1793 dans la fosse commune ouverte par les révolutionnaires. Le monument que l’on trouve aujourd’hui dans la chapelle commémorative des Bourbons, dans la crypte, ne date que des années 1841.
Le plomb de leur cercueil pour en faire des balles

La mort est sans pitié même pour les plus illustres
Lorsqu’en en octobre 1793, les corps royaux sont profanés et exhumés par les révolutionnaires, la raison en est plus pragmatique : récupérer le plomb de leur cercueil pour fabriquer des balles destinées à la guerre. Les corps vont ensuite être entassés dans deux fosses communes du cimetière, au nord de la basilique Saint-Denis, l’actuel jardin Pierre de Montreuil. Voici le procès-verbal de l’exhumation :
Les ouvriers, armés de pioches et de leviers, s’attaquent aux cercueils. Un procès-verbal d’exhumation des corps est dressé par un ancien moine bénédictin de Saint-Denis, Dom Poirier, qui est un témoin scrupuleux et détaché de ces journées. La première dépouille exhumée est celle d’Henri IV. Le Vert Galant est si bien conservé, momifié naturellement, qu’on l’expose, deux jours durant, contre un pilier de la crypte. Louis XIV est noir comme de l’encre. Louis XV, soigneusement enveloppé dans des linges et des bandelettes, paraît en bon état. Mais dès qu’on le souleva, le corps tout entier tomba « en putréfaction liquide ».
Louis XVI et Marie-Antoinette, dans l’ossuaire du cimetière de la Madeleine
En 1817, Louis XVIII fait rechercher les ossements pour les inhumer dans un ossuaire de la crypte. Il commande aussi deux statues funéraires dédiées à Louis XVI et à Marie-Antoinette dont il fait ramener de Paris les dépouilles. Ils reposaient après leurs exécutions dans la chapelle expiatoire de Paris construite là où se trouvait l’ancien cimetière de la Madeleine. Un cimetière associé aux heures les plus sombres de la Révolution puisqu’il recueillait un véritable charnier avec plus de 500 victimes enterrées dans sept fosses.
Ils sont là dans les spasmes de leur agonie ou la rigidité de leur pouvoir

Les capétiens et les Valois dans le marbre et en costumes de sacre
Les souverains capétiens et Valois (XIV et XVe siècles) tel Philippe IV le Bel, Louis X le Hutin ou comme plus bas Charles VI et Isabeau de Bavière sont sculptés dans le marbre et représentés en costume de sacre avec couronne, sceptre et main de justice. Ils sont de plus en plus individualisés, ainsi le gisant de Charles V, réalisé de son vivant, est un véritable portait du roi Valois, bâtisseur du château de Vincennes.

Dans un réalisme saisissant, François 1er et Claude de France à taille réelle
Incroyable réalisme ! À l’intérieur du tombeau, le couple royal est représenté à taille réelle quand on sait que François 1er mesurait près de deux mètres. Au sommet du monument, une famille : François 1er et Claude de France agenouillés au côtés de leurs trois enfants. A noter que Claude de France donna naissance à sept enfants. Elle va décéder à 24 ans des suites de ses nombreuses grossesses et fausses couches.

Sur les bas reliefs de son tombeau, la victoire de Marignan
Son fils Henri II et commanditaire du monument, voulut assurer la mémoire posthume de son père chef d’armée et chevalier, en exaltant la célèbre bataille de Marignan (1515) dont François 1er fut le vainqueur à l’âge de 20 ans.

La rotonde des Valois, une majestueuse rotonde qui ne fut jamais achevée
Catherine de Médicis fit ériger au nord de l’abbatiale de Saint-Denis une immense rotonde de 30 m de diamètre. Elle était destinée à recueillir la sépulture de son mari Henri II et de sa famille, les Valois. Un projet qui fut mené en pleine guerre de Religion ! Il n’a pas pu être achevé. En 1719 menaçant de s’écrouler, la rotonde des Valois est démolie à la demande des moines de l’abbaye.

Catherine refuse les transis d’elle même et de son époux, le roi Henri II
Dans ce monument funéraire, les transis (sculpture représentant un mort) du roi et de la reine. Une fois l’œuvre des sculpteurs achevée, Catherine de Médicis jugea son transi trop macabre et décharné ; elle le refusa et en fit sculpter un second que l’on peut voir à Saint-Denis (le 1er est au musée du Louvre).


Les tombeaux des “tyrans”
Si l’on ajoute que l’abbaye détenait aussi les regalia – les insignes du pouvoir remis lors des sacres (sceptre, couronne, épée) -, qu’y étaient rédigées les chroniques officielles du royaume, qu’on y couronnait les reines de France jusqu’à Marie de Médicis, on ne s’étonnera pas que la Révolution s’acharnât sur elle. Les tombeaux des «tyrans» furent vidés, la basilique pillée et les cadavres royaux jetés dans une fosse commune. La restauration de l’église, commencée vers 1813, reprit, après l’effondrement de la tour nord, sous la direction du jeune Viollet-le-Duc, qui entreprit son premier chantier.
Le caveau des bourbons et ses 6 dalles en marbre noir
Au XIXe siècle, la crypte est nettoyée, restaurée et aménagée. Aujourd’hui, deux cryptes distinctes : la crypte archéologique qui abrite les vestiges des basiliques primitives et les premières tombes de la nécropole. L’autre crypte est reconstruite au XIIe siècle par Suger sous la forme de trois nefs parallèles dont les parois intérieures sont ornées d’arcatures retombant sur les chapiteaux historiés (de rares témoignages de la sculpture romane en Île-de-France). En 1952, des travaux sont entrepris dans la partie centrale de la crypte (à la place du caveau des Bourbons) pour y déposer six tombeaux en marbre noir de Tournai. Il s’agit des restes de Louis VII, rapportés de l’abbaye de Barbeau, de Louise de Lorraine, épouse d’Henri III, de Louis XVI et de Marie-Antoinette et de Louis XVIII. Un dernier tombeaux est sans inscription. Il était destiné à recevoir le corps de Charles X, frère de Louis XVI et de Louis XVIII, mort en exil en 1836 et enterré dans un monastère de l’actuelle Slovénie, proche de Gorizia.



Cette église abbatiale, modèle de tant de cathédrales, devint cathédrale à son tour le 9 octobre 1966, avec la création de l’évêché de Seine-Saint-Denis. Après le grand chantier entrepris en 2012 pour restaurer la façade et ses trois portails, s’engage en 2025 celui de la flèche de la tour nord qui s’élèvera à 90 m de haut pour redonner à Saint-Denis son intégrité et son harmonie.