Le foyer de la Madeleine dans le 8e arrondissement, une adresse pour initiés ? Non mais elle s’échange entre amis, entre collègues, dans le milieu étudiants, milieu des affaires et de la politique (quartier oblige !). Une adresse qui apparaît même dans certains guides touristiques. Il faut dire que l’endroit est incroyablement insolite, historique : les soubassements (la crypte) de la prestigieuse église de la Madeleine face à la rue Royale et à la Concorde, derrière l’Opéra Garnier, et à deux pas de l’Elysée.


Pour 13,50 € (9 € tarif enfant), un déjeuner complet, équilibré et sain.
C’est là qu’une équipe de bénévoles (120 bénévoles* et 5 salariés à plein temps) propose un déjeuner complet, équilibré, sain et chaleureux (pas de produits transformés). Victoire, la jeune chef aime à dire (c’est son mantra) : “manger saison, manger maison, manger français”). Sauf qu’elle et son équipe proposent également des repas à thème, à la Saint Patrick, crêpes à la chandeleur, menu spécial noël ou bien mexicain, indien, vietnamien, chinois, italien, turque, africain…La cuisine du monde est donc aussi au rendez-vous :“je veux ouvrir le goût de mes convives aux épices” dit-elle.
*Des bénévoles à long termes et intergénérationnels.
Tous les jours, un plat végétarien proposé
Alors, la queue à l’entrée peut s’allonger mais l’attente en vaut la peine. Pour les végétariens (ils sont plutôt gâtés), tous les jours au menu, un plat leur est proposé. “Aujourd’hui, on est de plus en plus végé que viande” précise Victoire. Et que dire des célèbres madeleines confectionnées par Reiko, pâtissière japonaise lorsqu’elle s’installe au foyer (en général, le mardi et le mercredi quand elle est à Paris) ?



Des clients de tous horizons et de tous âges
Ici, au foyer de la Madeleine, se côtoient le midi, avocats, banquiers, employé(e)s, secrétaires, étudiant(e)s, touristes, retraité(e)s. On dit même que la Cour des comptes a son couvert (ils sont voisins). Des gens seuls, des accidenté(e)s de la vie, des riches, des pauvres qui trouvent ici de la solidarité, de la fraternité (tarif d’1 € pour les plus démunis)* et surtout le sourire et la bonne humeur des bénévoles qui cuisinent, vous placent et vous servent. On se saluent, on se souhaite la bonne année, on se répartit dans deux des trois grandes salles (60 m de long au total) toutes en voûtes de nuages et de bleu décorées par l’artiste JR (artiste français né en 1983, photographe et réalisateur qui s’est fait connaître pour ses collages photographiques).
*Personnes en difficultés venant de diverses associations caritatives sous convention avec le foyer.

Un café chez Lili, la barista et doyenne du foyer

Foyer de la Madeleine, côté cuisine
La brigade “Dream Team” du foyer autour de sa cheffe
Victoire, la jeune cheffe du foyer a 35 ans. Son origine, Bordeaux. Elle vient d’une famille de restaurateurs. Très tôt elle ressent le besoin de découvrir le monde (Erasmus en Turquie)*. Plus tard, elle sera formée par son oncle ; fait l’Ecole hôtelière de Bordeaux (CAP) en candidate libre puis passe 3 ans à Londres dans plusieurs restaurants dont un à Borough Market. Retour à Paris. Son compagnon est lui aussi dans le métier.
*Victoire a aussi une License de droit. Elle détient en plus un master en communication des industries créatives.
La cheffe est aussi de corvée de vaisselle
Victoire va alors trouver un job de cheffe chez un traiteur. Il fournit le foyer. Très vite, et à son plus grand bonheur, la transaction se fait (depuis novembre 2024) avec le restaurant La Traversée. Elle cuisinera directement à la Madeleine avec son bras droit Sofiane (en vacances aujourd’hui au Bengladesh). Ils sont tous les deux salariés et payés au nombre de repas. A l’équipe de bénévoles en cuisine, Victoire peut compter (entre autres) sur Cédric et le mercredi, sur Christophe qui a suivi les cours de Ferrandi à Paris (le Harvard de la gastronomie). Ici, pas de gâchis. Il est toujours possible d’accommoder les restes. On est aussi interchangeable. Il arrive de voir Victoire à la plonge.


Cette équipe qui redressa les comptes de l’association
Lorsque Patrick Cruciata prend en main le foyer de la Madeleine comme administrateur bénévole en 2020, l’association est au bord du gouffre. Avec l’aide de Delphine, gestionnaire “hors pair” il la remet à flot. Aujourd’hui et depuis 2023, il en est le président. Lui, l’ancien banquier (un ancien de la BNP) est celui qui insuffle à son équipe le besoin de toujours faire mieux, de la qualité des plats à l’animation du foyer. Il est le président de l’association (Loi 1901) du Foyer de la Madeleine) dont le vice-président est le curé de l’église de la Madeleine, Mgr Patrick Chauvet*. A ses côtés, une jeune communicante, Nina qui a su attirer au foyer les réseaux sociaux, la presse traditionnelle et certaines chaines de télé.
*Mgr Patrick Chauvet a supervisé la reconstruction de Notre-Dame de Paris, avant d’être nommé curé de l’église de La Madeleine. Il a écrit ses mémoires dans « Journal d’un curé de Paris » parues en avril 2025 aux éditions Fayard.
Quand les 100 musiciens et chanteurs du flashmob de Julien Cohen se retrouvent au foyer de la Madeleine
On est le 25 novembre 2025, à l’occasion de l’inauguration des illuminations de Noël à Paris. Le pianiste Julien Cohen a ce jour-là réalisé le plus grand flashmob de sa carrière. Il a réuni cent musiciens et chanteurs au croisement de la rue Royale et de la rue Saint-Honoré pour interpréter une nouvelle version orchestrale du célèbre chant de Noël ukrainien, Carol of the Bells. Le succès populaire est incroyable. Juste à côté, le foyer de la Madeleine était là pour assurer le déjeuner (en 3 services) de l’ensemble des artistes.


Un foyer né sous l’égide d’une impératrice !
La construction de l’église de la Madeleine débuta sous le règne de Louis XV et s’acheva en 1842. Le Second Empire donna à cette église son côté social grâce notamment à l’Impératrice Eugénie. Une action qui entrait dans la politique de Napoléon III, cet empereur qui voulait «vaincre le paupérisme». Rappelons qu’il est l’auteur d’un livre qui marqua son règne : “De l’extinction du paupérisme” publié en 1844. L’impératrice Eugénie va se lancer, avec l’accord et le concours de la paroisse, dans une action d’aide aux indigents : ouvroirs, distributions de vêtements et collations, ainsi que distributions de repas. L’activité de restauration survivra au fil des années sous différentes formes jusqu’à aujourd’hui où un curé de la Madeleine, à l’aide de laïcs, créait en 1969 cette activité caritative.

Le chaudron de la midinette
A cette époque, la France connaissait une période de grande prospérité. Le quartier du Faubourg Saint Honoré et de la rue Royale voyait l’installation d’importants magasins et d’ateliers de haute couture, un secteur qui employait un nombreux personnel féminin jeune. Pour ces femmes, il fallait assurer un accueil et notamment aux heures des repas. Quel meilleur endroit pour les recevoir que ces grandes salles au rez-de-chaussée de l’église, ces mêmes salles qui accueillent le foyer d’aujourd’hui. On parlait alors du « chaudron de la midinette » du fait que ces jeunes femmes pouvaient faire réchauffer sur des poêles les repas préparés à la maison.
L’architecte de la Madeleine repose dans une des salles du foyer depuis 1829

Refettorio au Foyer de la Madeleine
Depuis mars 2018, le foyer de la Madeleine accueille le Refettorio Paris qui sert, le soir, du lundi au vendredi, des repas gratuits pour les plus démunis. Déjà présents à Milan, Rio et Londres, les refettorii sont mis en place par le chef étoilé italien Massimo Bottura* et son équipe de Food for Soul. Très engagé dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, Massimo Bottura met sa notoriété et son savoir-faire au service de ces communautés.
*Chef de l’Osteria Francescana à Modène, classé parmi les meilleurs restaurants du monde.