Cet incroyable envol d’anges et de génies venus couronner le Dôme du Val-de-Grâce

Le Val-de-Grace à Paris, rive gauche, dans le 5e arrondissement, tout proche de Port Royal. Pourriez-vous ignorer ce joyau de l’art français du XVIIe siècle ; cette ancienne abbaye fondée par la reine Anne d’Autriche et dont l’église, Notre-Dame du Val-de-Grâce a été conçue par François Mansart. L’autre versant du Val-de Grâce, c’est l’hôpital militaire que tout le monde connaît puisque, jusqu’en 2014, il vit défiler, présidents de la République et hommes politiques français et étranger venir discrètement se faire soigner à l’abri de l’armée. Aujourd’hui, le Val-de-Grâce s’est offert un incroyable lifting. Pour couronner cet ensemble exceptionnel, il fallait marquer le coup : l’élévation toute technologique, l’envol dans le ciel parisien de 16 génies et 8 anges, statues monumentales enfermées dans leur cage de fer. Il fallut 15 sculpteurs et 15 000 heure pour achever ce qui fut l’un des plus gros chantiers de taille de pierre en France. Ils venaient prendre la relève, en copie conforme de leurs ancêtres de pierre, ceux-là même qui furent posés sur les contreforts du tambour du dôme, à 45 mètres de hauteur, il y a plus de 350 ans.

Les 16 génies sont là, côté jardin, au pied de la chapelle du Saint-Sacrement, attendant encagés leur ascension pour aller couronner le dôme de l'église du Val-de-Grace (Photo FC)
Les 16 génies sont là, côté jardin, au pied de la chapelle du Saint-Sacrement, attendant sagement encagés leur ascension pour aller couronner le dôme de l’église du Val-de-Grace (Photo FC)

Val-de-Grâce, l'un des 16 génies installés sur le tambour du Dôme de l'église, le regard , à 45 m de haut tourné vers la tour Montparnasse (Photo FC) Les 2 photos précédentes : avant d'être élevées et posées, les génies encagés patientent au pied de l'église du Val de-Grâce (Photos FC)
Val-de-Grâce, l’un des 16 génies installé sur le tambour du Dôme de l’église, à 45 m de haut, le regard tourné vers la tour Montparnasse (Photo FC)

Un chantier pharaonique

Incroyable spectacle ! Chantier pharaonique ! Imaginez 16 génies, statues gigantesques d’1,5 tonne, de 3 mètres de haut, coiffés de leur « lampe à flamme » et, 8 anges de 700 kg se balancer à tour de rôle au bout d’un filin tenu par une grue à l’envergure impressionnante. Cette Deus ex machina du XXIe siècle va installer ce petit monde céleste hors norme, tout beau, tout lustré, chacun à l’emplacement de son ancêtre de pierre. Il faut dire que ces statues originelles tout là-haut sur le tambour du Dôme étaient à bout de souffle voire dangereuses pour le public. Il fallait donc pour les remplacer, faire des copies les plus fidèles possibles.

Cette grue de 250 tonnes peut se déployer jusqu'à 80 m de hauteur. Positionnée côté jardin,, en pied de la chapelle du Saint-Sacrement, elle emportera chaque génie dans sa cage pour sa position définitive (Photo FC)
Cette grue de 250 tonnes peut se déployer jusqu’à 80 m de hauteur. Positionnée côté jardin, en pied de la chapelle du Saint-Sacrement, elle emportera chaque génie dans sa cage pour sa position définitive (Photo FC)
Après une ascension de plus de 45 m, ce génie portant haut sa "lampe à flamme" semble tourner le dos au Panthéon avant d'atteindre le tambour du Dôme (Photo FC)
Après une ascension de plus de 45 m, ce génie portant haut sa “lampe à flamme” semble tourner le dos au Panthéon avant de se poser sur les contreforts du tambour du Dôme (Photo FC)

L’œuvre d’une reine

Après tant de décennies à voir défiler l’Histoire, ces statues étaient usées, dégradées. En cause, la pollution et surtout le nombre trop important et quelque peu hasardeux des liftings qu’elles eurent à subir. Rendez-vous compte, elles étaient là depuis Anne d’Autriche en reconnaissance de la naissance du dauphin (Louis Dieudonné, futur Louis XIV). Il arriva après 22 ans d’attente en 1638. C’est elle qui fit élever cette abbaye du Val-de-Grâce devenue aujourd’hui musée, bibliothèque et école du service de santé des armées. Cet ex-hôpital militaire* apprécié pour sa double discrétion (secret militaire, secret médical des opérations) fut fréquentés par la plupart des présidents de la république et nombre d’hommes politiques français et étrangers, tous soignés au « Val », à la Grâce de Dieu (et de l’Etat !).

*A la Révolution, la Convention avait sauvé les bâtiments du couvent du Val de Grâce en les transformant en hôpital militaire.

 

 

16 figures d’enfants de pierre dure

Pour l’ensemble décoratif du Val-de Grâce, Anne d’Autriche avait fait appel en 1661 au flamand Philippe de Buyster qui réalisa nos 8 anges et 16 génies. Au départ, la commande qu’adressa Jacques Tubeuf, intendant des Bâtiments de la reine à Philippe Buyster était fort précise : seize figures d’enfants de pierre dure, de Liais de Saint-Leu (aujourd’hui, dans le département de l’Oise), d’une seule pièce de 7 pieds (le pied était égal à 0,325 m) de haut ou environ. Elles devaient se dresser au-dessus des seize pilastres du tambour du Dôme, chacune d’attitude différente, avec draperies, festons pendants et chacune portant sur leur tête « une lampe avec flamme ». Une seconde commande suivit pour la réalisation cette fois ci de : huit figures d’anges vêtus et drapé de 6 pieds de haut. Elles seront posés en amortissement des huit consoles aux deux côtés extérieurs de la chapelle du Saint-Sacrement (sud-est et nord-est). Autre détail demandé : les anges devaient porter eux aussi sur leur tête des « lampes à flamme » qu’ils retenaient d’une main et de l’autre se tenant ensemble (ce qui fut oublié ! ).

Chaque génie, d'un poids de 1,5 tonnes et de 3 m de haut demanda au sculpteur 400 heures de travail. Il fallut 16 blocs de pierre de calcaire dure coquillée de Saint Leu d'une hauteur de 3,5 m et d'un poids de 4 tonnes (Photo FC)
Chaque génie, d’un poids de 1,5 tonnes et de 3 m de haut demanda au sculpteur 400 heures de travail. Il fallut 16 blocs de pierre de calcaire dure coquillée de Saint Leu d’une hauteur de 3,5 m et d’un poids de 4 tonnes (Photo FC)
Du haut du Dôme du Val-de-Grâce, ces gigantesques statues semblent bien petites. A droite du bâtiment conventuel, le pavillon d'Anne d'Autriche, aujourd'hui, restauré (Photo FC)
Du haut du Dôme du Val-de-Grâce, ces gigantesques statues semblent bien petites. A gauche de l’image et à l’extrémité du bâtiment conventuel, le pavillon d’Anne d’Autriche, aujourd’hui, restauré (Photo FC)

Une retraite bien méritée

Aujourd’hui, ces statues ont fait leur temps. Elles méritent une retraite bien méritée. Vu l’intérêt historique et artistique exceptionnel, une partie des génies originaux sera exposée dans le chœur des religieuses de l’église et les anges seront quant à eux installés dans la crypte, sous la chapelle du Saint-Sacrement. Requiescant in pace ! Qu’ils reposent en paix, la relève est depuis aujourd’hui assurée.

Les génies sont posés sur les socles en pierre du Dôme avec joint mortier. Quant aux anges, 25 mètres plus bas, ils sont posés sur couverture en plomb avec une interposition d'un matériau résilient (Photo FC)
Les génies sont posés sur les socles en pierre du Dôme avec joint mortier. Quant aux anges, 25 mètres plus bas, ils sont posés sur couverture en plomb avec une interposition d’un matériau résilient (Photo FC)
Tout en haut, sur tout le pourtour du Dôme, chacun est prêt pour l'arrivée des 16 génies (Photo FC)
Tout en haut, sur les contreforts du tambour du Dôme, chacun est prêt pour l’arrivée des 16 génies (Photo FC)

En cette matinée de printemps maussade 2019, les premières élévations

Il a fallu une petite semaine pour que cette population d’anges et génies trouve sa place, tout là-haut jusqu’au pourtour du Dôme. Cela se fit du 8 au 12 avril 2019, à vingt mètres de hauteur sur le chevet de l’église pour les anges. Quant aux génies, ils paradent 25 mètres plus haut, couronnant magistralement les contreforts du tambour du Dôme. Mais avant cette élévation dans le ciel parisien, que de travail ! D’abord, pour réaliser ces copies, les sculptures originales durent être restaurées, nettoyées et consolidées. On les modélisa ensuite par « scan 3D ». Sur cette base, des prototypes en polyuréthane furent produits par taille à l’aide d’un robot. On reconstitua les parties manquantes et c’est à ce moment que la taille directe put commencer après évidemment accord de l’architecte en chef des monuments historiques, Stefan Manciulescu et du maître d’œuvre, l’Oppic, (Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture, un établissement public).

Sur le pourtour du Dôme, chaque génie a son emplacement. Ce plan le récapitule (Photo FC)
Sur les contreforts du Dôme, chaque génie a son emplacement. Ce plan les récapitule (Photo FC)
Dommage ! En ce printemps d'avril, le temps est incertain. Seul, le Val-de-Grâce se découvre dans toute sa splendeur architecturale (Photo FC)
Dommage ! En cette matinée de printemps, le temps est incertain. Seul, le Val-de-Grâce se découvre dans toute sa splendeur architecturale (Photo FC)

15 sculpteurs de 4 ateliers de restauration sculpture et 15 000 heures de travail

Ce fut l’un des plus gros chantiers de taille de pierre en France. Mais entre génies et anges, quelle différence ? Non, ce n’est pas une question de sexe mais une question de matière. Ici, 2 techniques de restauration selon que l’on parle des anges ou des génies : moulages pour les anges et sculptures sur pierre à partir de copie à l’échelle 1 en impression 3D pour les génies. Le travail de la pierre s’est effectué sur site, dans un atelier forain, pour éviter le transport des sculptures monumentales et les risques de dégradations. Les quatre entreprises de sculpture choisies sont intervenues simultanément, créant de ce fait, un contexte d’émulation créatrice et patrimoniale.

 

Les génies en pierre de taille

Les copies de ces 16 génie furent réalisées en pierre de taille, en taille directe sur une pierre de calcaire dure coquillée de Saint-Leu (identique à la pierre d’origine). Les blocs de pierre bruts, d’une hauteur d’environ 2 m 60 sans la flamme, ont permis de sculpter les génies sans leur flamme, qui, elles, furent réalisées dans des blocs séparés puis assemblées par goujonnages (en utilisant des petites tiges pour fixer les 2 éléments).

Les anges en pierre reconstituée

Ils sont 8. Huit copies des anges originaux d’un poids de 700 kg chacune disposées à 20 m de haut sur le chevet d’église du Val-de-Grâce. Cherchez l’intru ? C’est l’ange « A » qui est déjà une copie du XIXe siècle remise en place après la restauration de la toiture du Dôme. En bref, pour effectuer une copie en pierre reconstituée de chacun de ces anges, il a été fait une prise d’empreinte sur les originaux ce qui a donné un modèle en plâtre pour chaque ange. Et c’est à partir du moule de ce modèle qu’a été réalisée la copie en pierre reconstituée.

Taille directe de l'un des sculpteurs de l'une des 4 entreprises à partir d'un bloc de pierre de Saint Leu (4 tonnes et d'une hauteur de 3,50 m) Photo DR
Taille directe de l’un des sculpteurs de l’une des 4 entreprises à partir d’un bloc de pierre de Saint Leu (4 tonnes et d’une hauteur de 3,50 m) Photo DR

Un Val-de-Grace entièrement restauré en 2020

Cette grandiose restauration à la charge des ministères de la Culture et de la Défense a débuté en 2011 par la sacristie puis par le cloître, la façade ouest de l’église, le pavillon d’Anne d’Autriche, le parquet de la chapelle du Saint Sacrement. Aujourd’hui, c’est sans doute le moment le plus symbolique, le plus émouvant et surtout le plus spectaculaire avec la pose des anges et des génies. Resterait-il pour 2020, la restauration de la façade est (prévu à partir de septembre 2019), pour transmettre aux générations futures ce Val-de-Grace rénové, l’un des plus beaux joyaux de l’art français du XVIIe siècle.

La façade de l'église du Val-de-Grâce conçue par Mansart, telle qu'on peut l'apercevoir de la rue Saint-Jacques (Photo FC)
La façade de l’église du Val-de-Grâce conçue par Mansart, telle qu’on peut l’apercevoir de la rue Saint-Jacques. Plus bas, le cloître de ce qui fut une abbaye et le pavillon d’Anne d’Autriche  qui fit élever le Val-de Grâce au XVIIe siècle (Photos FC)

 

Portrait de Stefan Manciulescu, l’architecte des anges et des génies

Accroché à l'échafaudage, Stefan Manciulescu, architecte en chef des monuments historiques, est maître d'oeuvre du projet. Il surveille ici la pose des 16 génies et 7 anges (Photo FC)
Accroché à l’échafaudage, Stefan Manciulescu, architecte en chef des monuments historiques, est maître d’oeuvre du projet. Il surveille ici la pose des 16 génies et 7 anges (Photo FC)

C’est l’architecte, le maître d’œuvre du chantier de restauration des anges et des génies du Val-de-Grâce. Stefan Manciulescu venu de Roumanie dans les années 1980 est diplômé de la faculté d’architecture de l’Université Ion Mincu de Bucarest. Architecte du patrimoine depuis 30 ans, il a depuis 25 ans le prestigieux titre d’architecte en chef des monuments historiques. A sa charge de grands édifices complexes de renommée nationale et internationale comme les cathédrales de Tulle et d’Aurillac, le Val-de-Grâce, la collégiale de Mantes-la-Jolie, le château de Maisons, et l’abbaye de la Chaise-Dieu. Stefan Manciulescu s’est spécialisé dans les interventions sur les monuments anciens. Il a une grande connaissance des techniques de consolidation structurelle mais aussi de restauration et de traitement de pierre de façade, aussi bien sur les pierres de parement que les pierres de sculpture. Il est également professeur en charge des cours de menuiserie/serrurerie à l’École de Chaillot.

La pose de cet ange sur le chevet de l'église nécessita un travail de précision opéré par une équipe de l'entreprise "Premier de cordée" (Photo FC
La pose de cet ange sur le chevet de l’église nécessita un travail de précision opéré par une équipe de l’entreprise “Premier de cordée” (Photo FC)
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