Rêver la Patagonie : Perito Moreno, El Calafate, El Chalten, Fitz Roy, l’Aéropostale, Saint-Exupery.., à découvrir le long de la mythique Patagonia Ruta 40



La Patagonie, le pays des géants
Pourquoi la Patagonie fait-elle autant rêver ? Nul doute, c’est la terre de tous les extrêmes, de fantasmes et de mythes. Une terre qui, occupée depuis plus de onze mille ans, a créé sa propre cosmogonie (trop souvent effacée). Elle a été le territoire des Tehuelches installés sur les plateaux et les steppes, des légendaires et très influents Mapuches opposés aux colonisateurs et de bien d’autres tribus. Les premiers témoignages (Magellan et son équipage) au XVIe siècles associent ses habitants aux Patagons, tribu mythique peuplée de géants. Nous étions alors de petits hommes face à des indigènes robustes et très élancés. Les Espagnols baptisèrent (dans les 2 sens du terme) la Patagonie “regio gigantum”, région des géants qu’ils ne cessèrent de combattre. Invisibles durant des lustres, on assiste aujourd’hui à un renouveau identitaire et surtout à une reconnaissance de leur histoire confisquée par le colonisateur.

Cette terre du bout du monde
La Patagonie est le bout du monde. Et au bout du bout, c’est la Terre de Feu, Ushuaïa et le cap Horn, au pays des brumes glacées, des tempêtes effroyables, là où se rejoignent l’océan Pacifique, l’océan Atlantique et l’océan Austral. Alors pourquoi dénommer un tel endroit, Terre de Feu. Non par la présence de volcans mais par les innombrables feux (et fumées) allumés par les peuples autochtones* pour se protéger du froid et visible par les matelots lors de l’expédition de Fernando de Magellan, en août 1520.
*Les Yagan ou Indiens Yámanas, essentiellement des chasseurs-cueilleurs nomades, traversant la région à bord de canoës. Ils furent décimés au début du XXe siècle par les colonisateurs arrivés en Patagonie.

La région la plus australe de la planète
La Patagonie est un grand vide, vide également de population (2 million d’habitants soit, à peine 4 habitants au km²). Elle est située au sud du 40e parallèle sud, entre les 65e et 75e méridiens ouest. Son million de km² à l’extrême sud de l’Amérique est couvert à l’infini de steppes arides, de chaînes de montagnes inextricables, d’innombrables glaciers (on en recense 17300), de fjords labyrinthiques, de milliers de lacs aux eaux turquoises, de vallées glaciaires dans lesquelles s’engouffrent les tempêtes du Pacifique.
Massacres, génocides...
Mais tant de richesses, pêche ressources agricoles, minières, pétrolières ont suscité l’avidité, les persécutions et finalement les génocides et notamment l’extermination des derniers Indiens mapuches, terribles guerriers qui occupèrent cette région de Patagonie jusqu’en 1884 (par les troupes du général Roca qui a donné son nom au Lago Roca). La Patagonie vidée alors de ses habitants s’est peuplée de colons venus d’Europe au XIXe et XXe siècle (la région d’Esquel n’est-elle pas appelée la Patagonie Galloise !). Elle fut l’objet d’âpres combats* pour se l’approprier. Résultat : l’Argentine occupe l’Est et le Chili, l’Ouest. Et les moutons sont bien gardés !
*On se dispute encore certaines parcelles frontalières.

Ces marginaux devenus personnages de légendes
Pour ne citer que les plus célèbres, il y eut (côté Chili) ce très éphémère roi d’Araucanie et de Patagonie, qui, vers 1860, régna quinze jours sur son double royaume. Qu’avait donc en tête ce Français, Antoine de Tounens, avoué au Tribunal de Périgueux et franc-maçon à traverser l’Atlantique pour devenir chef de guerre des indiens Mapuches. Il se fit arrêter par les autorités chiliennes, jugé, condanné à mort mais expulsé vers la France. Alors qu’à Paris on se moquait de lui, savait-on que les indiens, l’avaient idolatré. Son récit connu sous le titre de El Reino de Araucanía y Patagonia est du à Armando Braun-Menendez, historien, homme de lettres. Ce roi de Patagonie sera connu en France grâce à Jean Raspail.
Quand la Patagonie devient Far-West
Qui connaît en Patagonie un certain Robert Leroy Parker ? Sans doute le nom de Butch Cassidy est plus familier. En 1902, il vit près de Cholila dans la province de Chubut (au centre de la Patagonie). Il y avait acheté un ranch. Si on en croit le célèbre écrivain voyageur, Bruce Chatwin*, il trouva, perdu dans ces terres australes, un refuge en compagnie de Sundance Kid et de son amie Etta Place. Une vie paisible ? Pas tout à fait. Elle fut ponctuée par une série de braquages de banques qui obligea le petit groupe à fuir en 1905 vers la Bolivie. Là, en 1908, il aurait été impliqué dans une fusillade en compagnie de Sundance Kid. Se seraient-il alors suicidés pour éviter la capture ?
La référence : Chatwin et son livre iconique “In Patagonia”

Charles Bruce Chatwin, le plus grand écrivain voyageur britannique
Charles Bruce Chatwin (1940-1989), écrivain voyageur, romancier et journaliste anglais. Chatwin passa six mois en Patagonie, voyageant pour recueillir des histoires de personnes venues d’ailleurs et qui s’y étaient installées. Ce voyage donna lieu à son premier livre “In Patagonia” publié en 1977. Cette œuvre a établi la réputation de Chatwin en tant qu’écrivain voyageur. L’un de ses biographes, Nicholas Murray, qualifia “In Patagonia” de «l’un des livres de voyage anglais d’après-guerre les plus originals» et affirma que cela revitalisa le genre de l’écriture de voyage.
La Patagonie, 3 heure de vol depuis Buenos Aires


I/ El Calafate, porte d’entrée du Parc national Los Glaciares
De Buenos Aires, atterrissage sur le petit aéroport international Comandante Armando Tola (inauguré en 2001), à 23 km à l’est de la ville, presque à la jonction de la Ruta 40 allant vers Río Gallegos. Cette grosse bourgade de 22 000 habitants à environ 2 700 km de Buenos Aires*, dans la province de Santa Cruz, au sud de l’Argentine, est le chœur de la Patagonie. Elle est située sur la rive sud du Lago Argentino, le plus grand lac d’eau douce du pays.
*Buenos Aires (Argentine), le coup de foudre ! – amazed
Lago Argentino, le plus grand lac d’Argentine


La ville la plus proche du Perito Moreno
Beaucoup de raisons pour une halte à El Calafate* porte d’entrée des glaciers patagoniens. C’est la ville la plus proche du Perito Moreno, mais aussi d’autres glaciers célèbres comme Upsala, l’un des plus grands glaciers de Patagonie (60 km de long et 10 km de large) ou encore de l’impressionnant Viedma long de 78 km, ce qui en fait tout simplement le plus grand glacier du parc et aussi le plus grand d’Argentine.
*Le symbole de la ville est le calafate (ou Berberis microphylla), un arbuste épineux endémique des paysages patagoniens. Ses petites baies comestibles passent du rouge au violet foncé. Son profil aromatique légèrement acidulé et sa richesse en polyphénols et en anthocyanes, lui confèrent une couleur intense et des qualités antioxydantes appréciées en cuisine. On dit ici que toute personne goûtant au fruit du calafate reviendrait un jour en Patagonie.

Presque à portée du Perito Moreno, la sérénité du Lago Roca et son Estancia Nibepo Aike
Bref moment de répit avant le choc frontal : demain avoir devant soi, (si proche, si incroyablement irréel !), cette énorme muraille de glace du Perito Moreno, sans doute le glaciers les plus célèbres au monde (et l’un des rares qui continue de croître, malgré le changement climatique). Mais aujourd’hui c’est le calme et la sérénité du Lago Roca, sorte d’appendice de l’immense Lago Argentino, sur sa rive sud.

Deux activités : l’accueil et l’élevage
L’Estancia Nibepo Aike, en limites du bras sud du Lago Argentino, de la frontière avec le Chili et encadrée par la cordillère des Andes.
Il faut compter une bonne cinquantaine de km d’el Calafate en empruntant la route n°15 (une piste), surnommée El Camino de las Estancia. Et c’est justement l’Estancia Nibepo Aike, but de la visite. Un ranch historique de plus de 12 000 ha fondé en 1937 par un immigrant croate, Santiago Peso. Le nom de Nibepo combine les surnoms de ses trois enfants avec aike, un mot tehuelche signifiant « lieu » ou « maison ». L’activité tourne ici autour du bétail, des moutons et des chevaux. Nibepo Aike est aussi un lieu d’accueil. Il propose déjeuner et dîner à ses hôtes et également un service d’hébergement et des balades à cheval de 1 à 4 jours, avec une nuit dans les anciennes écuries de l’estancia.



Une cuisine typiquement patagonienne
Ce qui vous attend à l’Estancia Nibepo Aike, c’est un hébergement rural (10 chambre) disposant toutes d’une spendide vue panoramique sur la montagne (on est à 69 km du glacier Perito Moreno). Question cuisine, elle est typiquement patagonienne, avec “asado de cordero” (méchoui de mouton patagon) ou pièce de bœuf au choix qui se marient avec une formidable sélection de vins tous produits en Patagonie.

Le gaucho sommelier de l’Estancia Nibepo Aike
Un gaucho sommelier qui ne met en avant que les vins produits en Patagonie et notamment les vins venant de La Bodega del Fin del Mundo fondée par Julio Viola. Les travaux ont commencé dans les années 1990 à San Patricio del Chañar, province de Neuquén, une région désertique nécessitant un aménagement complexe pour l’irrigation. Les premières vignes ont été plantées en 1999 et le premier vin a été produit en 2002


Sur la route, vers le Perito Moreno
le Perito Moreno se situe dans le parc national Los Glaciares (600 000 ha) et fait partie des 48 glaciers du champ de glace sud de Patagonie. Cette chaîne de glaciers appartient à l’immense cordillère des Andes et constitue la 3e plus grande calotte glaciaire au monde après l’Antarctique et le Groenland. C’est une région aux confins du Chili et de l’Argentine dominée par des sommets de granit aux contours déchiquetés, à une altitude supérieure à 3 000 m au dessus du niveau de la mer. D’El Calafate, en voiture, le Perito Moreno n’est qu’à 80 km plus à l’ouest (un trajet d’1 h 30). De plus, la route offre des vues de toute beauté sur le Lago Argentino et la steppe patagonienne.

Ces 3 glaciers Upsala, Onelli et Perito Moreno qui “vêlent” dans les eaux glacées bleutées et laiteuses de l’immense Lago Argentino

II /Le Perito Moreno, c’est époustouflant !
Face au Perito Moreno, le décrire ? Les mots semblent inappropriés. C’est incroyablement « époustouflant » ? Une énorme muraille de glace, un vaste front de 60 m de haut qui avance, se déforme, se brise ; des blocs qui se détachent (les vêlages), icebergs aux reflets bleutés qui s’effondrent dans les eaux du lac Argentino avec vagues et vacarme de tonnerre. Quand ? Le Perito Moreno a sa propre horloge. Il faut attendre. Se laisser surprendre mais quel spectacle !
Impressionnant ! Des dimensions XXL : 15 kms de long,170 m de hauteur dont seulement 60 m émergés visibles. Le Perito Moreno s’étend sur plus de 4 kms. Autres particularités, des abords boisés et c’est sans doute le seul glacier visible d’aussi près et à si basse altitude (500 m à son extrémité plongeant dans l’eau du Lago Argentino). Vidéo du Perito Moreno (© François Collombet).
Le Perito Moreno, un glacier en mouvement !
Se dire qu’on a devant soi, le glacier, le plus emblématique d’Argentine et sans doute le plus célèbre du monde ! De plus, il est en constante mouvance puisqu’il avance d’environ 2 m par jour. Contrairement aux autres glaciers patagoniens, le Perito Moreno est resté plutôt épargné par le recul des glaciers durant tout le XXe siècle. Mais depuis 2018, il recule à un rythme accéléré, suivant le même schéma que les glaciers voisins*. Alors !
* D’après une étude parue en 2025 dans Nature. Elle se fonde sur des données aériennes et bathymétriques qui prouve son recul.



III / La Ruta 40 Patagonia, de la Bolivie à Ushuaïa, route mythique
La mythique Patagonia Ruta 40 est la plus longue et la plus célèbre d’Argentine. Elle traverse l’Argentine du nord au sud. Elle part de La Quica à la frontière bolivienne et rejoint après 5121 km, Ushuaïa. A El Calafate, elle entre par le sud dans le parc national Los Glaciares (reconnu comme site du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1981) avec le Perito Moreno, l’un des sites naturels les plus impressionnants d’Argentine.

Section de La Ruta Nacional 40 (ou Ruta 40) de Bariloche à El Calfate

El Parador La Leona sur la Ruta 40, plus de cent ans d’histoire, une halte obligatoire !
Sur la Ruta 40, halte obligatoire au Parador La Leona, entre El Chaltén et El Calafate. Là, vous rentrez de plain-pied dans l’histoire de la Patagonie. Le Parador la Leona peut se targuer d’être un lieu historique depuis près de 150 ans. Tout a commencé en 1894, lorsque s’est installée une famille d’immigrés danoise, les Jensen. Mais auparavant en ces mêmes lieux, alors que Francisco P. Moreno (dont le plus célèbre glacier argentin porte le nom) y avait établi son camps, il fut attaqué par une femelle puma. L’attaque ne lui fut pas fatale. À cette époque, on disait qu’il s’agissait d’une lionne (Leona). Et c’est ainsi que Moreno donna son nom à la fois à la rivière La Leona et plus tard, au Parador.
*Francisco Pascacio Moreno (1852-1919) est né à Buenos Aires. Il fut un grand humaniste, tout à la fois scientifique, géographe, marcheur, aventurier, photographe, naturaliste, écrivain, diplomate, homme d’État, éducateur et philanthrope. Le 15 février 1877, il découvrait et nommait le Lago Argentino. Il explora également de nombreux fleuves en Patagonie. Le 2 mars, c’est lui qui découvrit et baptisa le mont Fitz Roy que les peuples autochtones continuent encore d’appeler « Chalten ». Sa connaissance du terrain fut décisive dans la défense des droits argentins pour régler le très long et très complexe conflit territorial avec le Chili. En son honneur, le glacier “Perito Moreno” fut baptisé de son nom en 1899 (Perito signifiant “expert” en Espagnol).

Célébrités et drames à La Leona
La liste est longue. Commençons par Butch Cassidy et Sundance Kid. Ils y restèrent plus d’un mois après le braquage de la Banque de Londres à Río Gallegos avant de poursuivre leur route vers le Chili et la Bolivie. Dans la même veine, il y eut Ascencio Brunel voleur de bétail devenu célèbre et presque une légende pour s’être évadé de prison à deux reprises, grâce à sa grande maîtrise de l’équitation. Ce fut le criminel le plus recherché du sud du pays. Il avait la réputation d’être un loup-garou et ses exploits sont encore racontés en Patagonie.
La Leona, centre de détention et d’exécution
Fin 1921, une imposante grève éclata dans le sud de l’Argentine. Cette grève, impulsée par des anarchistes, impliqua surtout des travailleurs ruraux. Tout le territoire de Santa Cruz fut paralysé. La réaction du gouvernement (démocratiquement élu) a été sans pitié. Un corps expéditionnaire de l’armée est envoyé pour réprimer le mouvement. Plus qu’une répression, ce fut un massacre ; entre 1 000 et 1 500 travailleurs furent fusillés. Le parador La Leona fonctionna comme centre de détention. Près de la rivière La Leona, derrière le Parador, beaucoup de ces ouvriers qui demandaient de meilleures conditions de travail furent abattus par l’armée.

Ceux qui vainquirent les toits de la Patagonie
Tous les plus grands aventuriers et explorateurs qui ont marqué l’histoire de la Patagonie sont passés par le Parador La Leona. On compta parmi les plus célèbres, Lionel Terrey, Guido Magnone, le lieutenant Francisco Ibáñez, Louis Depasse qui furent les premiers alpinistes à atteindre le sommet du mont Fitz Roy. Jacques Poincenot, qui faisait également partie de l’expédition, mourut pendant l’ascension (une des aiguilles du mont Fitz Roy porte son nom). Autre grand nom, Casimiro Ferrari, un des plus grands noms de l’histoire de l’escalade. Il réussit à atteindre le sommet du Cerro Torre en 1974 (l’un des plus difficiles à escalader au monde).
Et pourquoi pas nous !

Solitaire et quémandeur, le renard gris de Patagonie

IV/ El Chalten au pied du mythique Mont Fitz Roy : pluie, vent, inondations, mais quel spectacle !
Mermoz, Guillaumet, Peincenot* et aussi Saint-Exupéry ont inscrit leurs noms aux sommets et aux aiguilles du Fitz Roy
220 kms* et environ 3 h pour gagner El Chalten depuis El Calafate (à peine quelques véhicules croisés). A mi- chemin, halte au Parador La Leona puis, quelle transition ! On passe d’un paysage glaciaire du Lago Argentino aux sommets escarpés et granitiques de la chaîne du Fitz Roy avec une vision grandiose sur le mont et ses sommets voisins (Cerro Torre, Poincenot*).
*L’expédition française en Patagonie de 1952 réalisa la première ascension du Fitz Roy (3 405 m). Elle fut marquée par le décès accidentel de l’alpiniste Jacques Poincenot lors de la traversée du río Fitz Roy.
El Chalten, capitale argentine du trekking, au pied du mythique mont Fitz Roy (3405 m)



Fondé pour des raisons géopolitiques
El Chalten a été fondée en 1985 pour des raisons géopolitiques. L’Argentine voulait établir sa présence près de la frontière chilienne. Depuis, le village est devenu la capitale de la randonnée du pays. Il se trouve sous le Mont Fitz Roy et le Cerro Torre, deux des pics les plus dangereux des Andes. Les randonnées commencent directement aux abords du village et les courses en montagne sont réputées dans le monde entier.

Mirador del Fitz Roy, mémoire de l’Aéropostale et de Saint-Exupéry
De ce mirador, à 2 heures de marche d’El Chalten (sans difficultés particulières), c’est l’incroyable vision du massif du Fitz Roy dans sa totalité. Son autre nom, Cerro Chaltén vient du peuple Tehuelche. Il signifie bleu ou bleuté. Ce massif qu’on distingue avec ses sommets dans la brume, est composé des aiguilles Guillaumet, Mermoz, Val Biois, du mont Fitz Roy, et des aiguilles Poincenot, Rafael Juárez et Saint-Exupéry.

La mémoire de l’Aéropostale s’inscrit dans cette montagne

Antoine de Saint-Exupéry en Patagonie
En Patagonie, Antoine de Saint-Exupéry est une légende. Combien de rues, de places, de bâtiments publics et monuments portent son nom ? Et ces montagnes autour de nous, l’auteur du “Petit Prince” les a beaucoup survolées. Il est arrivé en Argentine en 1929 en tant que pilote de la Compagnie générale Aéropostale, première compagnie aérienne argentine. Il avait rejoint Mermoz et Guillaumet à Buenos Aires. Saint-Exupéry devait travailler au développement des lignes aériennes en Patagonie ainsi qu’au transport postal, activité principale de l’entreprise française. C’est lui qui effectua les premiers vols entre Buenos Aires et Río Gallegos, capitale de la province de Santa Cruz (Patagonie) à plus de 500 km d’El Chalten et dernière ville avant la Terre de Feu.
Il volait jusqu’à 18 h d’affilée
Il volait alors jusqu’à18 heures et de nuit guidé seulement par les étoiles. De ces vols au-dessus de la Patagonie est né un de ses chef-d’œuvre “Vol de Nuit”, bestseller international. La terre écrit-il nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste ». Les Andes n’épargnèrent pas les pilotes. Alors qu’il apprend la disparition de son ami Henri Guillaumet lors d’une tempête au-dessus de la cordillère des Andes et que personne ne veut partir à sa recherche. il y va. Un dicton local prétendrait pourtant que “les Andes en hivers ne rendent pas les hommes” !
Une expédition désespérée à la recherche de son ami
Un voyage désespéré par les airs pour retrouver son ami. Après un atterrissage forcé au cœur de la cordillère des Andes, Guillaumet est vivant. Il marchera pendant 5 jours, dans la neige, à 3000 m d’altitude avant d’être recueilli par un berger (Juan Garcia). Lorsque Saint-Exupéry vient le récupérer, Guillaumet lui confie « ce que j’ai fait, je te le jure, aucune bête ne l’aurait fait ». Ce récit figure dans “Terres des Hommes” publié en 1939 : “Et lorsque, de nouveau, je me glissais entre les murs et les piliers géants des Andes, il me semblait, non plus te chercher, mais veiller ton corps, en silence, dans une cathédrale de neige.”

Dans les méandres du Rio Las Vueltas en crue


En route (!) vers le Lago del Desierto
Vers la frontière chilienne !
Très grosse déception ! Ne pas pouvoir atteindre Le Lago del Desierto qui n’a rien de désert ni d’aride. Ce lac glaciaire de 15 km de long, à 37 km d’El Chalten au bout d’une piste qui longe le Río de las Vueltas est un « must ». Peu s’y aventure préférant les célèbres sentiers menant à Laguna de los Tres et Laguna Torre. Et pourtant, cette route entourée d’une forêt primaire de lengas* qui mène au Lago del Desierto offre un incroyable panorama de sommets enneigés. On est exactement le long de la ligne de partage des eaux continentale. La vue depuis ce lac est exceptionnelle sur les glaciers Huemul et Vespignani. Le Río de las Vueltas, prend sa source ici. Il ira se jeter dans le lac Viedma vers El Chalten. Ici, on flirte avec la frontière chilienne (province d’Ultima Esperanza). Qui pourrait croire que ce lieu si béni des dieux a été au centre d’un différend territorial entre l’Argentine et le Chili ? Seul, un arbitrage international permit de régler la crise en 1994.
* Petits arbres originaires des forêts des Andes patagoniennes du sud du Chili et de l’Argentine qu’on peut traduire par Hêtre blanc.
A la sortie d’El Chalten, clin d’oeil à l’actualité !
