Rêver la Patagonie !

Rêver la Patagonie : Perito Moreno, El Calafate, El Chalten, Fitz Roy, l’Aéropostale, Saint-Exupery.., à découvrir le long de la mythique Patagonia Ruta 40

Le Perito Moreno, glacier le plus important du parc national Los Glaciares situé à la frontière entre l’Argentine et le Chili. Il s’étend sur 30 Km de long. C’est le dernier glacier au monde à ne pas reculer devant le réchauffement climatique. Photo © François Collombet
Voir le glacier Perito Moreno en bateau donne la possibilité de découvrir chaque côté du glacier. Photo © François Collombet
Le Perito Moreno est l’un des sites naturels les plus impressionnants d’Argentine. Ce qui le rend exceptionnel, ce n’est pas seulement sa taille, mais est aussi son accesibililé avec des passerelles presque au pied du glacier. Photo © François Collombet

La Patagonie, le pays des géants

Pourquoi la Patagonie fait-elle autant rêver ? Nul doute, c’est la terre de tous les extrêmes, de fantasmes et de mythes. Une terre qui, occupée depuis plus de onze mille ans, a créé sa propre cosmogonie (trop souvent effacée). Elle a été le territoire des Tehuelches installés sur les plateaux et les steppes, des légendaires et très influents Mapuches opposés aux colonisateurs et de bien d’autres tribus. Les premiers témoignages (Magellan et son équipage) au XVIe siècles associent ses habitants aux Patagons, tribu mythique peuplée de géants. Nous étions alors de petits hommes face à des indigènes robustes et très élancés. Les Espagnols baptisèrent (dans les 2 sens du terme) la Patagonie “regio gigantum”, région des géants qu’ils ne cessèrent de combattre. Invisibles durant des lustres, on assiste aujourd’hui à un renouveau identitaire et surtout à une reconnaissance de leur histoire confisquée par le colonisateur.

À 50 km d’El Calafate dans le parc national de Los Glaciares, le lago Roca, Tout semble infiniment grand et solitaire alors que la foule se presse non loin de là pour admirer le Perito Moreno. Photo © François Collombet

Cette terre du bout du monde

La Patagonie est le bout du monde. Et au bout du bout, c’est la Terre de Feu, Ushuaïa et le cap Horn, au pays des brumes glacées, des tempêtes effroyables, là où se rejoignent l’océan Pacifique, l’océan Atlantique et l’océan Austral. Alors pourquoi dénommer un tel endroit, Terre de Feu. Non par la présence de volcans mais par les innombrables feux (et fumées) allumés par les peuples autochtones* pour se protéger du froid et visible par les matelots lors de l’expédition de Fernando de Magellan, en août 1520.

*Les Yagan ou Indiens Yámanas, essentiellement des chasseurs-cueilleurs nomades, traversant la région à bord de canoës. Ils furent décimés au début du XXe siècle par les colonisateurs arrivés en Patagonie.

Ici, dans la région d’El Calafate, les chevaux sont omniprésents dans le paysage. Ils viennent d’immenses estancias et font partie intégrante du mode de vie des habitants, notamment des gauchos. En fond, le Lago Argentino à la couleur d’un bleu opalescent est le plus grand lac d’Argentine. Photo © François Collombet

La région la plus australe de la planète

La Patagonie est un grand vide, vide également de population (2 million d’habitants soit, à peine 4 habitants au km²). Elle est située au sud du 40e parallèle sud, entre les 65e et 75e méridiens ouest. Son million de km² à l’extrême sud de l’Amérique est couvert à l’infini de steppes arides, de chaînes de montagnes inextricables, d’innombrables glaciers (on en recense 17300), de fjords labyrinthiques, de milliers de lacs aux eaux turquoises, de vallées glaciaires dans lesquelles s’engouffrent les tempêtes du Pacifique.

Massacres, génocides...

Mais tant de richesses, pêche ressources agricoles, minières, pétrolières ont suscité l’avidité, les persécutions et finalement les génocides et notamment l’extermination des derniers Indiens mapuches, terribles guerriers qui occupèrent cette région de Patagonie jusqu’en 1884 (par les troupes du général Roca qui a donné son nom au Lago Roca). La Patagonie vidée alors de ses habitants s’est peuplée de colons venus d’Europe au XIXe et XXe siècle (la région d’Esquel n’est-elle pas appelée la Patagonie Galloise !). Elle fut l’objet d’âpres combats* pour se l’approprier. Résultat : l’Argentine occupe l’Est et le Chili, l’Ouest. Et les moutons sont bien gardés !

*On se dispute encore certaines parcelles frontalières.

A 2 heures de marche d’El Chalten, l’incroyable vision du massif du Fitz Roy. On est à portée du Chili (province d’Ultima Esperanza). D’ailleurs son bassin fait l’objet d’un différent frontalier entre l’Argentine et le Chili. Photo © François Collombet

Ces marginaux devenus personnages de légendes

Pour ne citer que les plus célèbres, il y eut (côté Chili) ce très éphémère roi d’Araucanie et de Patagonie, qui, vers 1860, régna quinze jours sur son double royaume. Qu’avait donc en tête ce Français, Antoine de Tounens, avoué au Tribunal de Périgueux et franc-maçon à traverser l’Atlantique pour devenir chef de guerre des indiens Mapuches. Il se fit arrêter par les autorités chiliennes, jugé, condanné à mort mais expulsé vers la France. Alors qu’à Paris on se moquait de lui, savait-on que les indiens, l’avaient idolatré. Son récit connu sous le titre de El Reino de Araucanía y Patagonia est du à Armando Braun-Menendez, historien, homme de lettres. Ce roi de Patagonie sera connu en France grâce à Jean Raspail.

Quand la Patagonie devient Far-West

Qui connaît en Patagonie un certain Robert Leroy Parker ? Sans doute le nom de Butch Cassidy est plus familier. En 1902, il vit près de Cholila dans la province de Chubut (au centre de la Patagonie). Il y avait acheté un ranch. Si on en croit le célèbre écrivain voyageur, Bruce Chatwin*, il trouva, perdu dans ces terres australes, un refuge en compagnie de Sundance Kid et de son amie Etta Place. Une vie paisible ? Pas tout à fait. Elle fut ponctuée par une série de braquages de banques qui obligea le petit groupe à fuir en 1905 vers la Bolivie. Là, en 1908, il aurait été impliqué dans une fusillade en compagnie de Sundance Kid. Se seraient-il alors suicidés pour éviter la capture ?

La référence : Chatwin et son livre iconique “In Patagonia”

La Patagonie de Chatwin ressemble à une réserve d’excentriques : les extravagants, les révoltés, les déclassés semblent s’être donné rendez-vous sur cette flèche de terre pointée sur le pôle. C’est un melting pot d’Ecossais, de juifs russes, de Boers, de mormons ; Butch Cassidy, l’immortel pilleur de banques, y passa 5 ans de sa vie. Le livre “En Patagonie” est édité en France chez Grasset.
De l’aéroport situé en pleine ville (Aeroparque Jorge Newbery) longeant le Rio de la Plata, il faut 3 heures sur Aerolinas Argentinas pour rejoindre El Calafate (près de 3000 km), au sud de la Patagonie. Photo © François Collombet
Destination, El Calafate dans le sud de la Patagonie, très vaste région aux 5 provinces : Neuquén, Río Negro, Chubut, Santa Cruz (et son parc national Los Glaciares avec le célèbre Perito Moreno). Et, bien sûr, Tierra del Fuego. La Patagonie est la plus vaste région du pays (30 % du territoire) mais aussi la moins peuplée (moins de 4 habitants au km²). Le détroit de Magellan sépare l’île de la Terre de Feu du continent. Photo © François Collombet

De Buenos Aires, atterrissage sur le petit aéroport international Comandante Armando Tola (inauguré en 2001), à 23 km à l’est de la ville, presque à la jonction de la Ruta 40 allant vers Río Gallegos. Cette grosse bourgade de 22 000 habitants à environ 2 700 km de Buenos Aires*, dans la province de Santa Cruz, au sud de l’Argentine, est le chœur de la Patagonie. Elle est située sur la rive sud du Lago Argentino, le plus grand lac d’eau douce du pays.

*Buenos Aires (Argentine), le coup de foudre ! – amazed

Lago Argentino, le plus grand lac d’Argentine

Le Lago Argentino (ici près d’El Calafate) est le plus grand lac d’Argentine et le 3e en Amérique du Sud (125 km de long, 30 km de large) à 187 m d’altitude. Photo © François Collombet
Lago Argentino, sa profondeur maximum est de 700 m. Son fond se situe donc sous le niveau de la mer ! Sa couleur d’un bleu opalescent résulte des minuscules particules de sable en suspension dans l’eau. Photo © François Collombet

La ville la plus proche du Perito Moreno

Beaucoup de raisons pour une halte à El Calafate* porte d’entrée des glaciers patagoniens. C’est la ville la plus proche du Perito Moreno, mais aussi d’autres glaciers célèbres comme Upsala, l’un des plus grands glaciers de Patagonie (60 km de long et 10 km de large) ou encore de l’impressionnant Viedma long de 78 km, ce qui en fait tout simplement le plus grand glacier du parc et aussi le plus grand d’Argentine.

*Le symbole de la ville est le calafate (ou Berberis microphylla), un arbuste épineux endémique des paysages patagoniens. Ses petites baies comestibles passent du rouge au violet foncé. Son profil aromatique légèrement acidulé et sa richesse en polyphénols et en anthocyanes, lui confèrent une couleur intense et des qualités antioxydantes appréciées en cuisine. On dit ici que toute personne goûtant au fruit du calafate reviendrait un jour en Patagonie.

El Calafate est la porte d’entrée du spectaculaire parc national Los Glaciares, abritant le célèbre glacier Perito Moreno. La ville, malgré sa taille modeste, est l’une des destinations touristiques les plus visitées en Argentine. Le soir, le point de rencontre est l’Avenida del Libertador où se trouvent la plupart des hôtels, des agences de voyages, des boulangeries et des distributeurs d’argent. A croire que la ville n’est faite que d’hôtels, d’hébergement, d’auberges, de B&B, de complexes hôteliers et surtout d’Airbnb. Photo © François Collombet

Presque à portée du Perito Moreno, la sérénité du Lago Roca et son Estancia Nibepo Aike

Bref moment de répit avant le choc frontal : demain avoir devant soi, (si proche, si incroyablement irréel !), cette énorme muraille de glace du Perito Moreno, sans doute le glaciers les plus célèbres au monde (et l’un des rares qui continue de croître, malgré le changement climatique). Mais aujourd’hui c’est le calme et la sérénité du Lago Roca, sorte d’appendice de l’immense Lago Argentino, sur sa rive sud.

Pour gagner le Lago Roca, petit appendice du grand Lago Argentino, comptez une bonne cinquantaine de km d’El Calafate en empruntant la route n°15 (une piste), surnommée El Camino de las Estancia avec vues spectaculaires sur la steppe patagonienne. Photo © François Collombet


Deux activités : l’accueil et l’élevage

L’Estancia Nibepo Aike, en limites du bras sud du Lago Argentino, de la frontière avec le Chili et encadrée par la cordillère des Andes.

Il faut compter une bonne cinquantaine de km d’el Calafate en empruntant la route n°15 (une piste), surnommée El Camino de las Estancia. Et c’est justement l’Estancia Nibepo Aike, but de la visite. Un ranch historique de plus de 12 000 ha fondé en 1937 par un immigrant croate, Santiago Peso. Le nom de Nibepo combine les surnoms de ses trois enfants avec aike, un mot tehuelche signifiant « lieu » ou « maison ». L’activité tourne ici autour du bétail, des moutons et des chevaux. Nibepo Aike est aussi un lieu d’accueil. Il propose déjeuner et dîner à ses hôtes et également un service d’hébergement et des balades à cheval de 1 à 4 jours, avec une nuit dans les anciennes écuries de l’estancia.

Ici, à Nibepo Aike, côté élevage, le quotidien des gauchos, c’est le rassemblement des moutons à cheval (qu’on rentre la nuit par peur des pumas), la tonte avec le passage par le “galpón de esquila”, le marquage des vaux et la traite des vaches. Photo © François Collombet
Gauchos rentrant un jeune taureau plutôt pacifique. Ici, depuis 50 ans, le Hereford est la race qui fait partie de l’histoire de Nibepo Aike. Introduite à la fin du XIXe siècle, elle s’est rapidement développée grâce à sa robustesse, sa fertilité, son efficacité productive, sa qualité reconnue de boucherie et sa capacité d’adaptatione. Photo © François Collombet
Monter à cheval à El Calafate est une seconde nature pour les habitants. Ici, l’Estancia Nibepo Aike offre une immersion unique dans la culture gaucho et les paysages époustouflants du parc national Los Glaciares, Photo © François Collombet

Une cuisine typiquement patagonienne

Ce qui vous attend à l’Estancia Nibepo Aike, c’est un hébergement rural (10 chambre) disposant toutes d’une spendide vue panoramique sur la montagne (on est à 69 km du glacier Perito Moreno). Question cuisine, elle est typiquement patagonienne, avec “asado de cordero” (méchoui de mouton patagon) ou pièce de bœuf au choix qui se marient avec une formidable sélection de vins tous produits en Patagonie.

On ne rigole pas avec l’asador du restaurant Nibepo Aike. La technique consiste à embrocher verticalement « a la cruz » la viande ou la placer horizontalement sur la grille de la parilla, sorte de barbecue au charbon ou au bois. L’asado repose sur une cuisson lente de la viande, qui peut durer plusieurs heures. Photo © François Collombet

Le gaucho sommelier de l’Estancia Nibepo Aike

Un gaucho sommelier qui ne met en avant que les vins produits en Patagonie et notamment les vins venant de La Bodega del Fin del Mundo fondée par Julio Viola. Les travaux ont commencé dans les années 1990 à San Patricio del Chañar, province de Neuquén, une région désertique nécessitant un aménagement complexe pour l’irrigation. Les premières vignes ont été plantées en 1999 et le premier vin a été produit en 2002

En 2013, Bodega del Fin del Mundo a lancé La Poderosa,( bras gauche du gaucho), dont la marque rend hommage à la moto que le Che (Guevara) utilisait pour parcourir le pays dans les années 1950. Il s’agit ici d’un superbe malbec qui reflète l’originalité et la fraîcheur du terroir patagonien : une robe rouge rubis, des arômes de fruits rouges comme la fraise, la framboise et la cerise, et une délicate touche de vanille grâce au passage en fût. Photo © François Collombet
On peut méditer tard en novembre sur les bords du Lago Roca. C’est la fin du printemps austral et les journées s’allongent ici jusqu’à 21 H 15. Photo © François Collombet

Sur la route, vers le Perito Moreno

le Perito Moreno se situe dans le parc national Los Glaciares (600 000 ha) et fait partie des 48 glaciers du champ de glace sud de Patagonie. Cette chaîne de glaciers appartient à l’immense cordillère des Andes et constitue la 3e plus grande calotte glaciaire au monde après l’Antarctique et le Groenland. C’est une région aux confins du Chili et de l’Argentine dominée par des sommets de granit aux contours déchiquetés, à une altitude supérieure à 3 000 m au dessus du niveau de la mer. D’El Calafate, en voiture, le Perito Moreno n’est qu’à 80 km plus à l’ouest (un trajet d’1 h 30). De plus, la route offre des vues de toute beauté sur le Lago Argentino et la steppe patagonienne.

Première observation du glacier à son l’extrémité opposée, à la Curva de Los Suspiros, appelée ainsi en raison du magnifique point de vue panoramique qu’elle offre sur le Perito Moreno. Photo © François Collombet

Ces 3 glaciers Upsala, Onelli et Perito Moreno qui “vêlent” dans les eaux glacées bleutées et laiteuses de l’immense Lago Argentino

Les glaciers dont le Perito Moreno alimentent les énormes lacs de montagne Viedma et plus bas, Argentino bordant El Calafate.

Face au Perito Moreno, le décrire ? Les mots semblent inappropriés. C’est incroyablement « époustouflant » ? Une énorme muraille de glace, un vaste front de 60 m de haut qui avance, se déforme, se brise ; des blocs qui se détachent (les vêlages), icebergs aux reflets bleutés qui s’effondrent dans les eaux du lac Argentino avec vagues et vacarme de tonnerre. Quand ? Le Perito Moreno a sa propre horloge. Il faut attendre. Se laisser surprendre mais quel spectacle !

Le Perito Moreno, un glacier en mouvement !

Se dire qu’on a devant soi, le glacier, le plus emblématique d’Argentine et sans doute le plus célèbre du monde ! De plus, il est en constante mouvance puisqu’il avance d’environ 2 m par jour. Contrairement aux autres glaciers patagoniens, le Perito Moreno est resté plutôt épargné par le recul des glaciers durant tout le XXe siècle. Mais depuis 2018, il recule à un rythme accéléré, suivant le même schéma que les glaciers voisins*. Alors !

* D’après une étude parue en 2025 dans Nature. Elle se fonde sur des données aériennes et bathymétriques qui prouve son recul.

Vision presque frontale du Perito Moreno, ce gigntesque glacier qui progresse quotidiennement d’environ 2 m (une avancée annuelle de 700 m). Cette croissance constante est un phénomène rare par rapport autres glaciers patagoniens. Il fait partie des 48 glaciers recensés dans le parc national Los Glaciares. Un cadre intense où le bleu profond de la glace contraste avec les tons grisâtres du ciel et les eaux turquoises du Lago Argentino. Photo © François Collombet
L’une des grandes originalité du Perto Moreno est qu’il est entouré à la fois des montagnes andines mais aussi de forêts patagoniennes. Photo © François Collombet
Un réseau de passerelles et d’escaliers permet d’observer le glacier selon de multiples angles et sur plusieurs kilomètres. Photo © François Collombet

La mythique Patagonia Ruta 40 est la plus longue et la plus célèbre d’Argentine. Elle traverse l’Argentine du nord au sud. Elle part de La Quica à la frontière bolivienne et rejoint après 5121 km, Ushuaïa. A El Calafate, elle entre par le sud dans le parc national Los Glaciares (reconnu comme site du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1981) avec le Perito Moreno, l’un des sites naturels les plus impressionnants d’Argentine.

A mi-chemin entre El Calafate et El Chalten, le Parador La Leona sur la Ruta 40. Photo © François Collombet

Section de La Ruta Nacional 40 (ou Ruta 40) de Bariloche à El Calfate

La Ruta Nacional 40, (ou Ruta 40) est l’une des routes les plus emblématiques d’Argentine, traversant le pays du nord au sud, le long de la cordillère des Andes. Sa section patagonienne est particulièrement réputée pour ses paysages à couper le souffle. La plupart des sites célèbres d’Argentine et de Patagonie se trouvent ici, dans la province de Santa Cruz. Beaucoup d’entre eux sont accessibles depuis la Ruta 40.

Sur la Ruta 40, halte obligatoire au Parador La Leona, entre El Chaltén et El Calafate. Là, vous rentrez de plain-pied dans l’histoire de la Patagonie. Le Parador la Leona peut se targuer d’être un lieu historique depuis près de 150 ans. Tout a commencé en 1894, lorsque s’est installée une famille d’immigrés danoise, les Jensen. Mais auparavant en ces mêmes lieux, alors que Francisco P. Moreno (dont le plus célèbre glacier argentin porte le nom) y avait établi son camps, il fut attaqué par une femelle puma. L’attaque ne lui fut pas fatale. À cette époque, on disait qu’il s’agissait d’une lionne (Leona). Et c’est ainsi que Moreno donna son nom à la fois à la rivière La Leona et plus tard, au Parador.

*Francisco Pascacio Moreno (1852-1919) est né à Buenos Aires. Il fut un grand humaniste, tout à la fois scientifique, géographe, marcheur, aventurier, photographe, naturaliste, écrivain, diplomate, homme d’État, éducateur et philanthrope. Le 15 février 1877, il découvrait et nommait le Lago Argentino. Il explora également de nombreux fleuves en Patagonie. Le 2 mars, c’est lui qui découvrit et baptisa le mont Fitz Roy que les peuples autochtones continuent encore d’appeler « Chalten ». Sa connaissance du terrain fut décisive dans la défense des droits argentins pour régler le très long et très complexe conflit territorial avec le Chili. En son honneur, le glacier “Perito Moreno” fut baptisé de son nom en 1899 (Perito signifiant “expert” en Espagnol).

Tout a commencé en 1894. Si aujourd’hui, cette zone est assez peu peuplée, imaginez alors ! Le Parador a été construit par une famille danoise immigrée, les Jensen. Et c’était l’arrêt presque obligatoire pour tous ceux qui passaient par la Route 40. Photo © François Collombet

Célébrités et drames à La Leona

La liste est longue. Commençons par Butch Cassidy et Sundance Kid. Ils y restèrent plus d’un mois après le braquage de la Banque de Londres à Río Gallegos avant de poursuivre leur route vers le Chili et la Bolivie. Dans la même veine, il y eut Ascencio Brunel voleur de bétail devenu célèbre et presque une légende pour s’être évadé de prison à deux reprises, grâce à sa grande maîtrise de l’équitation. Ce fut le criminel le plus recherché du sud du pays. Il avait la réputation d’être un loup-garou et ses exploits sont encore racontés en Patagonie.

La Leona, centre de détention et d’exécution

Fin 1921, une imposante grève éclata dans le sud de l’Argentine. Cette grève, impulsée par des anarchistes, impliqua surtout des travailleurs ruraux. Tout le territoire de Santa Cruz fut paralysé. La réaction du gouvernement (démocratiquement élu) a été sans pitié. Un corps expéditionnaire de l’armée est envoyé pour réprimer le mouvement. Plus qu’une répression, ce fut un massacre ; entre 1 000 et 1 500 travailleurs furent fusillés. Le parador La Leona fonctionna comme centre de détention. Près de la rivière La Leona, derrière le Parador, beaucoup de ces ouvriers qui demandaient de meilleures conditions de travail furent abattus par l’armée.

Sur la Ruta 40, halte obligatoire au Parador La Leona, entre El Chaltén et El Calafate. Explorateurs, alpinistes, scientifiques et hors-la-loi sont passés par ici. On s’y arrête, soit pour boire un verre avant de poursuivre la route, soit pour passer quelques jours à l’Hôtel de Campo La Leona. Photo © François Collombet

Ceux qui vainquirent les toits de la Patagonie

Tous les plus grands aventuriers et explorateurs qui ont marqué l’histoire de la Patagonie sont passés par le Parador La Leona. On compta parmi les plus célèbres, Lionel Terrey, Guido Magnone, le lieutenant Francisco Ibáñez, Louis Depasse qui furent les premiers alpinistes à atteindre le sommet du mont Fitz Roy. Jacques Poincenot, qui faisait également partie de l’expédition, mourut pendant l’ascension (une des aiguilles du mont Fitz Roy porte son nom). Autre grand nom, Casimiro Ferrari, un des plus grands noms de l’histoire de l’escalade. Il réussit à atteindre le sommet du Cerro Torre en 1974 (l’un des plus difficiles à escalader au monde).

Et pourquoi pas nous !
Entre El Calafate et El Chalten, difficile de ne pas s’arrêter dans un lieu si emblématique de la Patagonie. Déjeuner, café et l’impression d’avoir mieux ressenti l’histoire qui se passa ici sur le bord de la Ruta 40. Photo © François Collombet

Solitaire et quémandeur, le renard gris de Patagonie

Proche du Parador La léona, sur les grèves du Lago Viedma, un renard gris de Patagonie (ou Chilla, son nom chilien), peu farouche quémande un peu de nourritures sur un arrêt de la Ruta 40. Photo © François Collombet

Mermoz, Guillaumet, Peincenot* et aussi Saint-Exupéry ont inscrit leurs noms aux sommets et aux aiguilles du Fitz Roy

220 kms* et environ 3 h pour gagner El Chalten depuis El Calafate (à peine quelques véhicules croisés). A mi- chemin, halte au Parador La Leona puis, quelle transition ! On passe d’un paysage glaciaire du Lago Argentino aux sommets escarpés et granitiques de la chaîne du Fitz Roy avec une vision grandiose sur le mont et ses sommets voisins (Cerro Torre, Poincenot*).

*L’expédition française en Patagonie de 1952 réalisa la première ascension du Fitz Roy (3 405 m). Elle fut marquée par le décès accidentel de l’alpiniste Jacques Poincenot lors de la traversée du río Fitz Roy.

*La Ruta Provincial 11 au départ d’El Calafate, qui rejoint la légendaire Ruta Nacional 40, et enfin la Ruta Provincial 23 vers El Chaltén (Video © François Collombet).
Dans cette vallée glaciaire se niche El Chaltén, capitale du treckking. En saison, elle ne compte que 300 à 400 habitants. En hiver, c’est presque un village fantôme. Pourtant c’est le point de départ de tout alpiniste qui veut tenter l’ascension de pics parmi les plus dangereux au monde. Photo © François Collombet
El Chaltén est situé dans la province de Santa Cruz, au sud de l’Argentine, au sein du parc national Los Glaciares, près de la frontière chilienne. Le village est connu pour ses paysages spectaculaires et ses randonnées autour du mont Fitz Roy et du Cerro Torre. Photo © François Collombet
El Chalten, détente après randonnées dans l’une des Cervecerias les plus populaires. Photo © François Collombet

Fondé pour des raisons géopolitiques

El Chalten a été fondée en 1985 pour des raisons géopolitiques. L’Argentine voulait établir sa présence près de la frontière chilienne. Depuis, le village est devenu la capitale de la randonnée du pays. Il se trouve sous le Mont Fitz Roy et le Cerro Torre, deux des pics les plus dangereux des Andes. Les randonnées commencent directement aux abords du village et les courses en montagne sont réputées dans le monde entier.

El Chalten, sur le chemin du Laguna Torre avec la vision du Cerro Torre et du Fitz Roy. Photo © François Collombet

Mirador del Fitz Roy, mémoire de l’Aéropostale et de Saint-Exupéry

De ce mirador, à 2 heures de marche d’El Chalten (sans difficultés particulières), c’est l’incroyable vision du massif du Fitz Roy dans sa totalité. Son autre nom, Cerro Chaltén vient du peuple Tehuelche. Il signifie bleu ou bleuté. Ce massif qu’on distingue avec ses sommets dans la brume, est composé des aiguilles Guillaumet, Mermoz, Val Biois, du mont Fitz Roy, et des aiguilles Poincenot, Rafael Juárez et Saint-Exupéry.

Cette randonnée à 2 h d’El Chalten passe par la Laguna Capri puis en suivant la Senda al Fitz Roy, on atteint le mirador avec ses sommets aujourd’hui sous la brume. Photo © François Collombet
7 aviateurs et alpinistes ont donné leurs noms au massif du Fitz Roy. Photo © François Collombet
Le premier vol de l’Aéropostale en Argentine fut réalisée le jeudi 31 octobre 1929 par Antoine de Saint Exupéry lui-même à bord d’un Latécoère 25, un avion postal et de transport de passagers construit en 1925. Il inaugurait la ligne dans la province de Chubut en Patagonie entre Comodoro Rivadavia et Trelew, en deux heures.

Dans les méandres du Rio Las Vueltas en crue

El Chalten, le Rio de Las Vueltas en crue ces jours-là. Tout en méandres (d’où son nom), il se jette dans le Lago Viedma. Dans sa partie supérieure jusqu’au massif du Fitz Roy, son bassin fait l’objet d’un différend frontalier entre l’argentine et le Chili. Photo © François Collombet
Pour rejoindre le Lago del Desertio, à la sortie d’El Chalten, prendre le long du Rio de las Vueltas, direction Mirador de los Condores et suivre le Rio de las Vueltas.

En route (!) vers le Lago del Desierto

Abandon au milieu du chemin . Conditions athmosphériques épouvantables ! averses, vent, et surtout le Rio de las Vueltas en crue avec des ponts impraticables. Vidéo© François Collombet

Vers la frontière chilienne !

Très grosse déception ! Ne pas pouvoir atteindre Le Lago del Desierto qui n’a rien de désert ni d’aride. Ce lac glaciaire de 15 km de long, à 37 km d’El Chalten au bout d’une piste qui longe le Río de las Vueltas est un « must ». Peu s’y aventure préférant les célèbres sentiers menant à Laguna de los Tres et Laguna Torre. Et pourtant, cette route entourée d’une forêt primaire de lengas* qui mène au Lago del Desierto offre un incroyable panorama de sommets enneigés. On est exactement le long de la ligne de partage des eaux continentale. La vue depuis ce lac est exceptionnelle sur les glaciers Huemul et Vespignani. Le Río de las Vueltas, prend sa source ici. Il ira se jeter dans le lac Viedma vers El Chalten. Ici, on flirte avec la frontière chilienne (province d’Ultima Esperanza). Qui pourrait croire que ce lieu si béni des dieux a été au centre d’un différend territorial entre l’Argentine et le Chili ? Seul, un arbitrage international permit de régler la crise en 1994.

* Petits arbres originaires des forêts des Andes patagoniennes du sud du Chili et de l’Argentine qu’on peut traduire par Hêtre blanc.

A la sortie d’El Chalten, clin d’oeil à l’actualité !

Courage, las Islas Malvinas (Îles Malouines) ou Falkland pour les britanniques, c’est encore loin ! 990 km d’El Chalten et plus de 400 ans d’un conflit irrésolu. Photo © François Collombet

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